Congrès du UICN et nouvelles ambitions en faveur de la biodiversité

Ouvert vendredi 3 septembre pour une durée de huit jours, le congrès de l’Union internationale pour la conservation de la nature a lieu en ce moment même à Marseille. C’est la première fois que la France accueille l’évènement quadriennal de la plus grande organisation de protection de la biodiversité. Alors que les prochains rendez-vous internationaux approchent, ce sommet tombe à point nommé afin de donner une nouvelle impulsion vers des politiques publiques globales plus positives, respectant les intérêts des générations futures.

Présentée comme le baromètre de l’état de la nature dans le monde, l’UCIN est principalement connue pour sa liste rouge des espèces menacées. Son objectif principal vise à restaurer la biodiversité, dont l’importance est reconnue par les États depuis le sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. L’UCIN s’assure également de l’utilisation équitable des ressources liées à cette biodiversité.

En effet, celle-ci offre aux États des biens et services majeurs – pollinisation, fertilisation des sols, épuration naturelle de l’eau, protection du littoral contre l’érosion, capture du carbone … Pourtant, ces derniers ne sont pas inclus dans les indicateurs économiques classiques, comme le PIB. Afin de prendre des mesures ambitieuses et de mettre en œuvre leurs engagements, les États devront utiliser des outils pensés pour considérer l’ensemble des richesses de leur territoire : il est vital de se doter de nouveaux indicateurs novateurs pour renforcer l’accountability. À cet égard, l’indice de positivité des nations créé par l’Institut est construit autour du calcul de 39 indicateurs issus des thèmes « environnement », « social », « économie » et « gouvernance ». La sixième sous-dimension est entièrement dédiée à l’évaluation des mesures de protection de la biodiversité, dont la complémentarité est essentielle avec les politiques d’adaptation au changement climatique et de décarbonation de notre économie.

 Ce congrès se tient dans un contexte stratégique. Déjà reporté deux fois à cause de la pandémie, il préfigure les futurs sommets dans le domaine de la protection de l’environnement : la COP26 de Glasgow, en Écosse, fin 2021 et la COP15 de Kunming, en Chine, en 2022. Fruit d’une collaboration entre le monde scientifique, les territoires et les entreprises, les motions proposées devraient inspirer les décideurs. La réunion d’une assemblée composée à la fois d’États et d’ONG sera l’occasion d’aborder des questions de fond, afin de réorienter les politiques publiques vers plus de durabilité. Les déclarations finales, portant sur la place de la nature dans les plans de relance économique post-Covid ou encore dans la lutte contre le changement climatique, seront ainsi très attendues.

 La pandémie a révélé l’urgence de repenser le lien entre les populations, la santé et l’environnement. Dès lors, défendre une approche globale comprenant tous les citoyens, dite « One Health », détaillée au sein de notre « Manuel pour une sortie positive de la crise »[1], semble indispensable. Dans le cadre du UICN, des progrès ont été réalisés : pour la première fois, les représentants des peuples autochtones prendront part au vote, alors que l’analyse de 169 études parue dans la revue Ecology and Society[2] prouve que les politiques de conservation sous contrôle local ont près de quatre fois plus de chance d’aboutir à des résultats positifs pour la biodiversité que celles menées sous contrôle extérieur.

 Ainsi, les conclusions de premier grand sommet depuis le début de la pandémie promettent d’illustrer les nouvelles ambitions portées par la prise de conscience des liens étroits entre la santé humaine, celle des animaux et l’état écologique global. Nous espérons que celles-ci offriront une vision à long-terme, condamnant l’exploitation des ressources devenue insupportable pour notre écosystème, au service d’un modèle plus positif.


[1] Paru en novembre 2020 chez Fayard 

[2] https://www.ecologyandsociety.org/vol26/iss3/art19/